FLEURS PRESSÉES, LA TECHNIQUE


L'OBSERVATION



C’est en voulant me replonger dans un vieux roman, il y a quelques années, que je suis tombée sur un petit trésor. Une pâquerette totalement préservée et séchée entre les pages de mon livre préféré. Comme une petite madeleine de Proust, j’ai pu goûter le souvenir d’un été en Normandie, à lire dans le jardin de mon grand-père. Depuis ce jour, j’aime penser que j’ai le pouvoir de garder les fleurs qui me rappellent des moments précieux. Nostalgie, quand tu nous tiens !





Comme j’aimerais que le printemps dure toujours… Sa saveur éphémère fait de cette saison un cadeau que nous offre la nature. Toutes les couleurs flamboient, et nos sens se réveillent enfin de l’hiver. Certaines floraisons ne durent que quelques semaines, je pense notamment aux prunus couverts de rose qui sont déjà tout verts ! Heureusement il existe une technique pour conserver ces trésors ! Pouvoir contempler des fleurs de printemps toute l’année, c’est justement ce qui m’a décidée à créer Chemin des Marettes.

Je ne sors jamais de chez moi sans une petite boîte ou un simple sachet en papier pour recueillir les spécimens que je rencontre. En balade, en courses et même en voiture, il n'est pas rare de me voir m’attarder sur un coin de verdure. Prendre le temps de regarder ce qui nous entoure, ce que l’on croise parfois même tous les jours sans y prêter attention.



LA CUEILLETTE DES FLEURS


Avant de cueillir une plante, assurez-vous que celle-ci n’est ni protégée ni en voie de disparition. Je me dois d’attirer votre attention sur la protection de notre flore si précieuse. En effet, le prélèvement de certaines espèces peut entraîner leur raréfaction, leur disparition, ou pire la dégradation de leurs milieux. Pour cela, il existe des livres complets répertoriant les espèces en fonction des zones géographiques, mais aussi le site officiel INPN(Inventaire National du Patrimoine Naturel) pour vous aider. Parmi les intouchables on trouve par exemple l’Adonis des Pyrénées, le Mouron à feuilles charnues, l’Androsace petit jasmin, l’Œillet de France, le Géranium à feuilles argentées et bien d’autres. 





CHOISIR LE MOMENT IDÉAL


C'est bien connu, il n'y a pas de fleurs sans pluie. Cependant, l'humidité est l'ennemi numéro 1 de leur séchage. En effet, le moment de la cueillette est primordial et va déterminer la qualité du résultat.

Préférez les jours secs, bien espacés des jours de pluie. Évitez la rosée du matin et l’humidité du soir. Choisissez donc le moment où la fleur est épanouie et sèche (on évitera de cueillir les bourgeons qui n'ont pas encore eu le temps d'éclore). Mon moment préféré : la fin de matinée ou le début d’après midi. Il m’arrive aussi d'offrir une seconde vie aux bouquets que l’on m’offre. C’est après avoir profité de leur fraîcheur quelques jours que je coupe celles que j’aimerais garder pour toujours. 



Veillez à ne cueillir que la quantité nécessaire, il serait dommage de gâcher. Selon les espèces, les fleurs une fois coupées se flétrissent plus ou moins vite et sont ensuite difficiles à positionner pour le séchage. Ne tardez donc pas à les mettre sous presse ou simplement les faire patienter dans un vase.



COMMENT IDENTIFIER LES SPÉCIMENS ?


Chaque plante a deux noms : un nom scientifique en latin, calligraphié en italique et reconnu de manière internationale et un nom en langage courant, dit “vernaculaire”, qui varie selon les régions et pays. Par exemple le Papaver rhoeas est communément appelé coquelicot mais aussi pavot-coq, pavot des champs, pavot sauvage, poinceau ou encore ponceau.

Pour identifier un spécimen, la Flore est l’outil de référence. Il s’agit d’un ouvrage regroupant l’ensemble des espèces végétales vivant dans un même zone géographique. Il exige une bonne connaissance des plantes et des termes associés (pédoncule, sépale, corolle, étamine, etc). C’est en répondant à plusieurs de ces critères que la Flore vous guidera vers l’espèce recherchée.

Si vous n’avez pas de Flore sur vous, il existe une super application. Plantnet est un véritable dictionnaire botanique de poche. Il vous suffit de prendre une photo, indiquer s’il s’agit d’une fleur, d’une feuille, d’un fruit, d’une écorce ou d’une plante entière et le tour est joué. L’application vous propose plusieurs résultats possibles se rapprochant au mieux de votre photo. 






QUELLES FLEURS CHOISIR ?


Par expérience, on obtient de meilleurs résultats avec les fleurs sauvages plutôt qu’avec certaines que l’on trouve dans le commerce. Les produits utilisés pour leur croissance ou leur conservation altèrent parfois leur pressage. Rien ne vaut les boutons d’or, primevères et autres coquelicots des prairies !

Les espèces naturellement “plates” donnent de bons résultats au séchage car elles conservent leur forme de base. En voici une liste non exhaustive : primevères, pensées, violettes, bourraches, cosmos, hortensias, géraniums, violettes, phlox, anémones de Grèce (photo ci dessous). Plus la fleur est épaisse, plus elle est chargée en humidité et donc plus difficile à presser. Elle a tendance à moisir et brunir pendant le processus de séchage. 






Les tridimensionnelles comme les iris, tulipes, pivoines, lys, orchidées, dahlias, zinnias sont aussi difficiles à aplatir et à sécher.

Les fleurs jaunes et orangées sont incontestablement celles qui conservent le mieux leur couleur. Boutons d’or, jasmins d’hiver, mimosas, corètes du Japon, par exemple. Les bleues peuvent pâlir et perdre légèrement de leur éclat. Les rouges se foncent sensiblement. Les blanches quant à elles requièrent une attention toute particulière car elles ont une fâcheuse tendance à brunir. Il faut donc vérifier l’humidité de leurs buvards les premiers jours et les changer régulièrement si besoin. En ce qui concerne les feuilles, il n’y a pas de recommandation particulière. Elles sont toutes parfaites pour la presse, et leur couleur reste pour la plupart intacte.



LE MATÉRIEL INCONTOURNABLE

Le principe du pressage est simple : déshydrater la plante sans l'étouffer tout en la gardant aplatie. Je vous invite à lire mon article sur l’origine et l’utilité de cette technique botanique (ici). Il existe plusieurs façons de faire et chacune apporte un résultat différent, il est d’ailleurs intéressant d'en tester plusieurs.

Vous pouvez les placer entre des feuilles de papier au milieu d’un gros livre, encyclopédie, dictionnaire ou annuaire. Cette méthode est la plus facile à mettre en place car nous avons tous déjà le matériel nécessaire. Néanmoins, il faut bien espacer les endroits où les fleurs sèchent car l’humidité peut facilement transpercer les pages, abîmer le livre et les autres planches de récolte. Cela convient donc si vous avez dans l’idée de presser des petites quantités. Autre méthode plus complexe : entre deux carreaux de céramique au micro-ondes par rafales de 30 secondes. Cette technique accélère le temps de séchage mais reste plus difficile à maîtriser !  Et enfin, la plus célèbre, la presse en bois que je vous recommande. Fini les montagnes de livres !

Facile à fabriquer, il vous faudra :







Découpez les 2 planches de contreplaqué aux dimensions souhaitées. Percez un trou aux 4 coins à l’aide d’une perceuse pour les vis. Découpez le carton aux dimensions du contreplaqué. Il a pour rôle de laisser respirer les végétaux et retenir leur humidité. Veillez à couper les angles pour permettre le passage des vis. Découpez le papier standard ou journal aux mêmes dimensions pour l’intercaler entre les planches de contreplaqué. Il va absorber l’humidité des plantes tout en évitant qu’elles ne collent. Il est important que ce papier ne soit pas glacé ou lustré (page de magazine par exemple) car il ne retient pas l’humidité. Vous couperez également les angles. Enfin, découpez le papier absorbant toujours aux mêmes dimensions, sans oubliez les angles, qui viendra se placer directement contre les spécimens à sécher.

J’ai réalisé un schéma pour vous aider à visualiser le rendu final.







Dans une même presse, selon les quantités à sécher, vous pouvez superposer plusieurs “sandwich de récolte” : “ carton/papier/buvard/spécimens/buvard/papier/carton”.

 + Recommandation : je vous déconseille l’utilisation de l’essuie-tout et du papier sulfurisé. Le premier est texturé de petits motifs qui s'imprègnent sur les spécimens lors du séchage. Le second quant à lui a tendance à gondoler et à se friper lorsqu'il absorbe l'humidité. Il froisse alors les fleurs aux pétales fragiles comme ici les sakuras roses.








Si ce travail vous semble laborieux, il est possible de trouver des presses de bonne qualité dans le commerce.

Enfin, munissez-vous d'une paire de petits ciseaux pour découper et mettre en forme les végétaux que vous venez de récolter et préférez une pince à épiler pour les déplacer sans les abîmer.

Ça y est, vous êtes prêts ?



LE PRESSAGE

COMMENT BIEN PRÉPARER VOS SPÉCIMENS ?


Vérifiez qu’il n’y ait pas d’insecte ou autre parasite qui pourraient se retrouver prisonniers et endommager la fleur. Après avoir placé une planche de carton et superposé les différentes couches de papiers, commencez par positionner votre récolte. Vous êtes libre de choisir la forme et la position du séchage en gardant en tête que cette dernière sera définitive.

Selon vos envies, vous pouvez garder ou non les tiges et racines, presser les pétales séparément. Faites preuve d'imagination et de curiosité ! Le coeur de certaines fleurs est parfois volumineux et contient du pistil susceptible de tacher, il est donc nécessaire de l'enlever. Cependant selon les variétés, cette étape peut faire tomber tous les pétales qui y sont accrochés. Pour d’autres, comme les primevères par exemple, coupez la petite protubérance à l'arrière de la corolle afin qu’elle s'aplatisse parfaitement. C'est aussi le moment d'expérimenter différentes façons de presser un même spécimen pour trouver celle qui vous convient le mieux.

 + Astuces : Vous pouvez aussi décomposer les fleurs plus volumineuses en faisant sécher les pétales séparément du coeur et de la tige, puis la recomposer une fois sèche. Une autre technique consiste à la couper en deux dans le sens de la hauteur, et de presser chaque face contre le papier (pour les roses par exemple).





COMMENT LES ORGANISER ?

Placez la face de la fleur contre le papier pour l'aplatir au maximum ou de profil pour obtenir une forme différente. Veillez à bien espacer les individus afin qu'ils ne se chevauchent pas, auquel cas, ils risqueraient de rester collés entre eux, ou même de mélanger leurs couleurs. Regroupez les mêmes espèces ensemble car le temps de séchage est propre à chaque variété. Vous pourrez ainsi extraire les planches sèches et laisser les autres continuer le processus sans les déranger. Lorsque le placement est validé, vissez la planche de contreplaqué en serrant bien fort et placez la presse dans un endroit sec où l'air peut bien circuler.





+ Astuce : Je fais dépasser de chaque planche une étiquette avec la date et le lieu de récolte ainsi que le nom de l’espèce, je peux ainsi contrôler le temps de séchage plus simplement.




COMBIEN DE TEMPS FAUT IL ATTENDRE ?

Vous pouvez contrôler le séchage après quelques jours, changer les feuilles de papier absorbant qui seraient trop humides et donc susceptibles de faire moisir les spécimens. C’est aussi à ce moment-là qu’il est encore possible de rectifier certains placements. Il faut ensuite faire preuve de patience et laisser sécher le temps nécessaire, 1 à 4 semaines, parfois même plus ! Les feuilles et les petites fleurs prennent en général entre 2 à 3 semaines, les plus grosses, 3 à 4 semaines au minimum. En effet, j’ai pu remarquer que plus la fleur sèche vite, plus sa couleur est intense.

+ Astuce : Pour savoir si la plante est complètement sèche, je pose mon doigt dessus, si elle adhère, il faut la laisser encore sous presse.





DÉCOUVREZ VOS FLEURS SÉCHÉES

L'ouverture de la presse après une longue attente est toujours très excitante. On ne sait jamais ce que l'on va découvrir et si le résultat va être satisfaisant. La surprise est magique, un moment de pure poésie ! Utilisez une pince pour décoller les spécimens qui seraient restés attachés à la feuille, et faites preuve de beaucoup de délicatesse, ils sont extrêmement fragiles ! Certains peuvent être cassants et d’autres d’une grande finesse et presque transparents.

+ Recommandation : Ne vous découragez pas si le résultat n’est pas à la hauteur de vos attentes. Il m'est arrivé d'avoir de grosses déceptions face à des planches de végétaux ayant perdu leurs couleurs en laissant place à une teinte brunâtre. Les fleurs devaient être trop humides, la presse pas assez ventilée, ou le papier pas assez changé. La clé de la réussite reste l’expérience et la persévérance.






COMMENT CONSERVER SES FLEURS SÉCHÉES ?

Sauvegardez vos trésors à plat, entre les pages d’un annuaire par exemple, dans un endroit sec et sombre. Pour faciliter mon processus créatif, je garde aussi mes récoltes pressées dans des enveloppes triées par espèces.

J’ai commencé, un jour, par tenir un carnet de balade en sauvegardant mes bouquets sauvages. Chaque page évoquant un lieu, une saison, un moment de vie. Plus tard, j’ai voulu décorer mon appartement de ces souvenirs botaniques en confectionnant mes premiers herbiers encadrés. Une chose est sûre, je n’insisterai jamais assez sur l’importance de protéger vos trésors des rayons directs du soleil et de l’humidité. Ils restent des végétaux et continuent de nous étonner même une fois séchés ! J’aime les voir évoluer, passer par plusieurs stades de couleur, et penser qu’ils continuent leur chemin avec moi.

Je n’applique aucun vernis ni apprêt, parce que j’aime leur laisser une dimension naturelle. Cependant, pour certaines compositions créatives, il est possible d’appliquer un vernis colle, comme le “mod podge”, la colle vinylique ou la colle PVA qui deviennent transparents en séchant.

À présent, place à votre imagination ... !